Le photovoltaïque agricole connaît une expansion rapide en France : fin 2024, le parc national dépassait 25 GW installés, et les exploitants sont de plus en plus nombreux à envisager de produire leur propre électricité. Le tracker solaire agricole, ou suiveur solaire, s’impose dans ce contexte comme une option à fort potentiel de production. Avant de franchir le pas, quelques points méritent d’être bien compris.
Fonctionnement et gain réel d’un suiveur solaire
Un tracker solaire agricole est un système photovoltaïque monté sur un mât ou un axe de rotation, capable de suivre la trajectoire du soleil au fil de la journée, à la manière d’un tournesol. On distingue deux grandes familles : le tracker mono-axe, qui suit le mouvement Est-Ouest et représente le modèle le plus répandu en usage agricole, et le tracker deux axes, qui suit également la hauteur du soleil. Le premier affiche un gain de production estimé à 25 à 35 % par rapport à une installation fixe ; le second peut théoriquement atteindre 40 % dans les régions très ensoleillées, mais son surcoût et sa complexité de maintenance nuancent l’avantage réel.
Pour situer concrètement ces chiffres : en Bretagne, une installation fixe produit environ 1 100 kWh par kWc et par an, contre 1 350 kWh pour un tracker mono-axe dans la même région. Dans le Sud, un tracker deux axes peut approcher 1 500 kWh/kWc/an. L’énergie captée est convertie en courant alternatif via un onduleur, pour une utilisation en autoconsommation ou une injection sur le réseau. Pour approfondir les caractéristiques techniques et les configurations disponibles, la page dédiée au tracker solaire agricole de SolarScience donne un aperçu des solutions proposées aux exploitants.
Ce que cela change concrètement pour une exploitation
Au-delà du rendement électrique, le tracker au sol présente un avantage souvent sous-estimé : l’ombre portée qu’il génère sur les parcelles. Pour les élevages de volailles en parcours plein air, les troupeaux ovins ou bovins, cette protection thermique peut améliorer sensiblement le bien-être animal, en particulier lors des épisodes de chaleur. Selon le magazine Paysan Breton (cité par Opéra Énergie), un tracker peut couvrir jusqu’à 50 % des besoins en électricité d’une exploitation.
Sur le plan foncier, un tracker sur mât de 18 à 20 kWc couvre environ 115 m² de panneaux, mais sa fondation béton n’occupe que 4 à 9 m² au sol, ce qui limite l’empiètement sur les terres cultivables. Côté budget, les installations démarrent autour de 40 000 € pour les petites unités et peuvent atteindre 250 000 € pour des fermes solaires multi-unités. L’amortissement se situe généralement entre 10 et 12 ans, selon l’ensoleillement et la consommation de la ferme. Une durée de vie de 25 à 30 ans est communément admise pour ce type d’équipement.
Réglementation et points de vigilance
La loi APER du 10 mars 2023 et le décret du 8 avril 2024 ont posé les premières règles claires pour l’agrivoltaïsme en France. Pour qu’une installation soit officiellement qualifiée d’agrivoltaïque, elle doit notamment apporter un service direct à l’agriculture (amélioration du potentiel agronomique, adaptation climatique, bien-être animal…), maintenir la production agricole comme activité principale, ne couvrir les sols qu’à 40 % au maximum et rester réversible. Un suivi agronomique obligatoire s’applique à toute demande de permis déposée depuis le 9 mai 2024.
Point à ne pas négliger : un tracker solaire classique axé sur la production d’énergie ne répond pas automatiquement à ces critères. Et cette distinction a des conséquences financières directes : les trackers au sol ne sont pas éligibles à la prime à l’autoconsommation ni aux tarifs de rachat en obligation d’achat, contrairement aux installations en toiture. Le financement passe donc par la trésorerie propre, un emprunt bancaire, ou un partenariat avec un développeur d’énergies renouvelables qui porte l’investissement contre un bail sur le terrain. Cette dernière option, souvent appelée tiers-investissement, peut permettre à l’agriculteur de bénéficier de l’installation sans avancer de capital.
Le marché reste dynamique : l’ADEME recensait en octobre 2025 plus de 1 600 projets photovoltaïques sur terrains agricoles dans cinq régions pilotes, représentant 17,5 GW et 23 000 hectares. L’élevage ovin y occupe la première place. Un projet bien dimensionné et conforme au cadre légal peut s’avérer particulièrement pertinent, à condition de bien préparer chaque étape en amont.

